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Paris IAS in the media

Baudelaire hante l'hôtel de Lauzun

Le Point.fr, 31 octobre 2015

Les fantômes de la fête des morts # 1 - Baudelaire hante l'hôtel de Lauzun

VIDÉO. Le fantôme de l'auteur des "Fleurs du mal" retrouve sa chambre de l'île Saint-Louis où il s'initiait aux paradis artificiels.

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Publié le | Le Point.fr
 

Blafard enterrement que celui de Charles Baudelaire qui se déroula le 2 septembre 1867 au cimetière Montparnasse. Il fait un temps de chien. Une pluie froide s'abat sur la maigre assistance rassemblée autour de la tombe, en présence de la mère éplorée. La plupart de ses amis ne sont pas venus. Manet est présent. Les croque-morts s'empressent de descendre le cercueil dans la tombe, le plaçant juste au-dessus de celui du général Aupick qui avait épousé la mère du poète en deuxièmes noces. De son vivant, Baudelaire le haïssait.

Quelques mois plus tôt, Charles Baudelaire est revenu de Bruxelles, où il donnait quelques conférences, dans un triste état. Sa figure est ravagée, son bras droit pend lamentablement à son côté. Incapable de parler, il s'exprime par des grimaces. À 46 ans, son organisme est rongé par la syphilis gagnée auprès de quelques putains durant sa jeunesse. Sa mère le fait hospitaliser dans la maison du docteur Duval dans le 16e arrondissement. Le photographe Nadar qui l'adore organise des déjeuners pour lui en faisant venir de vieux camarades. Peine perdue, il tombe bientôt dans un « morne abattement », écrit Manet. Puis ne quitte plus son lit, restant silencieux. Sa mère recueille son dernier souffle le samedi 31 août 1867, vers 11 heures du matin.

Un appartement sous les combles

À chaque occasion qui se présente, son fantôme s'échappe de sa tombe du cimetière Montparnasse pour fuir son beau-père détesté. Il s'envole alors vers l'île Saint-Louis, où, durant sa jeunesse dandy, le poète eut plusieurs adresses. Au 22, quai de Béthune, puis au 15, quai d'Anjou, mais le séjour qui le marqua à jamais fut celui à l'hôtel de Pimodan, rebaptisé depuis l'hôtel de Lauzun. Il y emménage en 1843, il a alors 22 ans. Il loue un modeste appartement au troisième étage, sous les combles. De temps à autre, il y reçoit son ami Théophile Gautier. Sa muse et amante, Apollonie Sabatier, lui rend parfois visite. Mais surtout,  sa liaison tumultueuse avec Jeanne Duval – sa « Vénus noire » – déclenche les plaintes de ses voisins. Il avait fait installer la petite actrice originaire de Saint-Domingue, ancienne maîtresse de Nadar, dans un appartement de la rue de la Femme-sans-Tête (aujourd'hui rue Le Regrattier), située également dans l'île Saint-Louis.

Sous l'appartement de Baudelaire, à l'étage noble, habite le peintre Boissard chez qui se réunit le club des Haschichins, adepte de la fameuse « confiture verte » – le davamesk –, une mixture composée de cannabis, de beurre rance, de pistache et de miel. Le jeune poète y retrouve Théophile Gautier et de nombreux artistes : Alexandre Dumas, Delacroix, Flaubert et Balzac, qui viennent goûter au paradis artificiel.

Dans sa petite chambre, Charles Baudelaire écrit de nombreux poèmes qui formeront Les Fleurs du mal. Après sa visite nostalgique à l'hôtel de Lauzun, le fantôme du poète rejoint sa tombe du cimetière Montparnasse, rejoignant sa mère adorée, mais aussi son horrible beau-père.

L'hôtel de Lauzun reste un des plus magnifiques fleurons du XVIIe siècle. Ses salons aux boiseries dorées sont une merveille. Aujourd'hui, il abrite l'Institut d'études avancées de Paris. Gardien de l'hôtel depuis quarante ans, Rayond Boulharès vient de cosigner avec l'historien Marc Soléranski, un superbe ouvrage qui lui est consacré, aux éditions Artelia.

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