Nature(s) de la guerre. Ressources, appropriations, expropriations et restitutions dans les Amériques

14 jan 2026 17:00 - 18:30
[ HORS LES MURS ]
ENS de Lyon, site Monod, salle des Conseils

46 allée d’Italie
69007 Lyon
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Conférence de Lavinia Maddaluno, chercheuse à l'IEA de Paris en 2025-2026, professeure adjointe à l'Université Ca' Foscari de Venise, dans le cadre du colloque organisé Samir BOUMEDIENE (ENS de Lyon – IHRIM), Thomas BRIGNON (u. Clermont-Auvergne – IHRIM), Samira RIAHI, Frédéric VIGIER et Alla ZHUK (LabEx COMOD) à l'ENS Lyon. 

Présentation 

Le référendum organisé par le gouvernement vénézuélien fin 2023 à propos de l’annexion de l’Essequibo, au Guyana, a rappelé que les frontières du xixe siècle étaient encore susceptibles d’être contestées. De fait, la captation des hydrocarbures ou des métaux rares a constitué le soubassement matériel de plusieurs conflits récents et le réchauffement climatique, avec le spectre des « guerres de l’eau », semble renforcer ces enjeux. En ce sens, cette conférence s’inscrit dans un moment de crise, d’indécision : les catastrophes écologiques peuvent à la fois laisser penser que la conscience d’un plus grand danger sera à même de mettre fin aux guerres ; ou qu’elles ne feront au contraire qu’exacerber les tensions. Face à une telle urgence, la meilleure contribution des sciences sociales est de mieux définir certaines notions en confrontant des cas d’étude.

Réunissant des spécialistes de différentes périodes et de différentes disciplines (anthropologie, archéologie, histoire, géographie, sciences politiques, sociologie), cette conférence examine les rapports entre le fait guerrier et l’environnement et, pour cela, tente à la fois de faire dialoguer et de mettre à distance deux approches du problème. La première, la plus classique, attribue la survenue des conflits à une pression objectivable sur les « ressources ». Malgré le gain d’intelligibilité qu’elle procure, cette approche suppose trop que la rareté conduit inévitablement à la guerre et que toutes les parties impliquées dans un conflit le perçoivent de la même manière. De ce point de vue, le grand mérite de la seconde approche, plus nourrie par l’anthropologie, a été de pluraliser le rapport à la « nature » en contestant notamment le primat que les sociétés occidentales accordent à l’économie. Avec le risque, cependant, de parfois sous-estimer la dimension matérielle de la guerre et, surtout, de substituer à la description des situations une posture plus prescriptive consistant, par exemple, à changer d’ontologie, d’imaginaire ou de récit.

Le continent américain offre un terrain d’étude intéressant pour penser entre ces approches. Non seulement en raison de la colonisation, de l’extractivisme minier, de l’économie de plantation ou des guerres occasionnées par des produits comme le caoutchouc. Mais aussi en raison de la multitude de rapports aux plantes, aux animaux, aux rivières, aux vents, aux astres, qui, dès avant la conquête, après les indépendances et jusqu’à aujourd’hui, ont façonné des manières originales de s’affronter et de réguler les conflits. Le titre de cette conférence, « Nature(s) la guerre », renvoie donc autant à la nécessité d’aborder l’inscription environnementale du fait militaire que de le comprendre différemment, en montrant que l’affrontement armé n’est qu’une modalité parmi d’autres de la guerre.

Programme 

14h00 : Conférence d’ouverture (keynote) par Frédéric SPILLEMAEKER (IFEA, Bogotá)
« À la lisière des nations, au cœur des ressources : les peuples amérindiens de l’Orénoque (Colombie et Venezuela) face aux guerres (du XIXe siècle à nos jours) »

15h45-16h45 : Prises de guerre
avec Andrés VÉLEZ POSADA (u. EAFIT, Medellín)
« Esmeraldas en los Andes septentrionales : guerras, valores, usos. »

avec Aliocha MALDAVSKY (u. Paris-Nanterre)

« Restitutions de biens aux Indiens et mémoire des guerres de conquête dans les Andes aux XVIe et XVIIe siècles »

17h00-18h30 : Temps de guerre
avec Antoine DURANTON (EHESS)

« Déraciner, enraciner. Réflexions sur la place des plantes dans la conquête. »

avec Sergio OROZCO-ECHEVERRI (u. de Antioquia)
« Shared time, unequal worlds : environmental temporality and the making of colonial order in Early Modern Iberian America »

avec Lavinia MADDALUNO (IEA Paris & u. Ca’ Foscari)
« Réorganiser le savoir : subsistance, disette, pain et pommes de terre dans les Antilles françaises (XVIIIe siècle) »

Plus d'informations

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