À qui appartient la science des Lumières ?
Colloque organisé par le Collège de France avec l'intervention de Lavinia Maddaluno (Université Ca' Foscari de Venise, IEA de Paris).
Présentation de l'événement
En 1738, dans ses Éléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde, Voltaire justifie ainsi son entreprise : « La science de la nature est un bien qui appartient à tous les hommes ». Ce qui ne signifie pas que tous peuvent y contribuer également, mais que tous ont droit à en connaître les résultats. L’universalité de la science ne tient pas seulement à sa capacité à édicter des lois valables en tous lieux et en tout temps ; elle implique que le savoir produit soit universellement partagé, qu’il devienne un bien commun. Les paradigmes newtonien, puis lavoisien et linnéen, qui ont si souvent servi de modèles à la définition de « la science » moderne, ont longtemps été associés à l’exigence de publicité du savoir scientifique : celui-ci doit être rendu disponible, à la fois matériellement et intellectuellement, par des intermédiaires comme Voltaire, afin de permettre à chacun, et notamment à ceux qui n’ont ni la possibilité ni le temps d’entrer dans le détail des calculs, d’avoir « connaissance de leur bien ».
Cet idéal d’ouverture et de publicité des Lumières entrait en conflit avec la supposée fermeture et la culture du secret des savoirs artisanaux comme avec la hiérarchie et la sélectivité des institutions savantes. Or, ces clivages ont été profondément discutés. Si la publicité des sciences est au cœur du projet des Lumières, elle pose, dès le XVIIIe siècle, autant de problèmes qu’elle n’en résout. Qui en énonce les résultats ? Qui se chargera de publier les résultats scientifiques ? Le public peut-il trancher les différends entre savants ? L’entrée du public sur la scène savante transforme les périmètres sociaux de son analyse : quel rôle jouent les femmes, les amateurs, les artisans, dans ce monde savant à la fois en voie de spécialisation et ouvert sur le public ? Quelle est la place des savoirs profanes dans le monde savant des Lumières ? La diffusion de la science peut-elle échapper à sa mise en spectacle, à sa simplification, aux abus des demi-savants et des charlatans ? Cette ouverture sociale portée par les nouvelles approches des Lumières conduit ainsi à mettre en question la catégorie de science elle-même. Les problématiques d’aujourd’hui ne sont plus celles du tournant culturel des années 1990, et ce colloque sera l’occasion de discuter les perspectives ouvertes par exemple par la réflexion sur les communs scientifiques, le financement des sciences, l’utilité des sciences ou la propriété intellectuelle.
Cet événement se tient sur deux jours : le mercredi 3 juin et le jeudi 4 juin.
Programme de l'événement
Jour 1 - Mercredi 3 juin
9h - 9h30 : Introduction
Antoine Lilti, Silvia Sebastiani & Stéphane Van Damme
9h30 - 10h : Les dilemmes du primate autodidacte, ou la politique de la science à l’ère du transformisme
Jessica Riskin
10h - 10h30 : Connaître le cerveau, déterminer la race : autorité des savoirs médicaux
Maxime Guttin
10h30 - 11h : "The Wisest Man Nevertheless Knows Not the Nature of A Fever." Epistemic Geographies and Enlightened Disputes
Stefanie Gänger
11h15 - 12h : Discussion
Antoine Lilti
14h - 14h30 : Le voyage des trois moutons tibétains : science et élevage dans l’empire français des Lumières
Jens Amborg
14h30 - 15h : Entre amélioration et appropriation de la nature : la sylviculture, une autre "science aimable" ?
Émilie-Anne Pepy
15h - 15h30 : Discussion
Antoine Lilti
15h45 - 16h15 : Connecter ou déplier ? Les archives de l’autochtonie dans l’océan Indien
Gregory Quenet
16h15 - 16h45 : L’Indien écologique est-il une fable des Lumières ? Altérité et savoirs autochtones sur l'environnement
Jan Synowiecki
16h45 - 17h15 : Discussion
Antoine Lilti
17h30 - 18h30 : Les fausses lueurs : rumeur et réputation dans les sciences des Lumières
Simon Schaffer
Jour 2 - Jeudi 4 juin
9h30 - 10h : Curiosités et savoirs européens à l’épreuve des objets sonores océaniens (fin XVIIIe– début XIXe siècle)
Mélanie Traversier
10h - 10h30 : Hidden treasures. Some Mexican ruins and a Peruvian Tableau (c. 1800)
Juan Pimentel
10h30 - 11h : Enlightened ideas in the Indian Ocean Arena: Thinking with the Small
Sujit Sivasundaram
11h15 - 12h : Discussion
Antoine Lilti
14h - 14h30 : Du travail collectif au mythe du génie solitaire : la « révolution chimique »
Francesca Antonelli
14h30 - 15h : Décrire des savoir-faire, publier des sciences : le vert-de-gris dans le Montpellier des Lumières
Pierre-Yves Lacour
15h - 15h30 : Entre sciences et spectacles : les séances publiques du Collège de France (1780-1803)
Jean-Luc Chappey
15h45 - 16h30 : Discussion
Antoine Lilti
16h30 - 18h : Table ronde et discussion finale
Shiru Lim, Lavinia Maddaluno, Neil Safier & Nathalie Vuillemin
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