Angèle Christin
Angèle Christin est professeure agrégée en communication (et, à titre honorifique, en sociologie), titulaire d'une bourse Richard E. Guggenheim et chercheuse senior au HAI de l'université de Stanford. Elle étudie la vie sociale des algorithmes, des plateformes et de l'IA à travers des recherches qualitatives sur les environnements professionnels transformés par l'informatique.
Angèle Christin rejoint l'IEA de Paris en octobre 2026 pour trois mois dans le cadre du programme "Distinguished Fellowship" développé en collaboration avec PostGenAI@Paris porté par Sorbonne Université. Implanté au cœur de Paris, ce consortium interdisciplinaire et intersectoriel vise à faire émerger une IA éthique, inclusive et souveraine, pleinement ancrée dans les grands enjeux de notre temps.
L'IEA de Paris accueille des chercheurs internationaux afin de les accompagner dans leurs recherches sur l’intelligence artificielle, ses conséquences sur nos sociétés et les perspectives qu’elle offre pour le futur.


Projets de recherche
Études critiques sur l'IA ; ethnographie ; études numériques.
L'IA dans le ciel : comment l'IA générative révolutionne les découvertes scientifiques en astrophysique
Depuis 2022, l’IA générative et les grands modèles linguistiques (LLM) ont pris d’assaut les sociétés contemporaines. Les fonds de capital-risque et les marchés financiers ont injecté des sommes colossales dans les projets d’IA et les start-ups, tandis que les gouvernements du monde entier encourageaient leurs chercheurs et leurs entreprises à remporter la « course à l’IA » géopolitique. Le volume de financement et la couverture médiatique autour des LLM ont été colossaux, réduisant souvent au silence les regards critiques sur les pratiques de travail des entreprises d’annotation de données ou l’impact environnemental des centres de données.
Dans ce contexte, la science s’est imposée comme l’exemple type pour illustrer les avantages des technologies d’IA. Des initiatives telles que le repliement des protéines par AlphaFold, mené par DeepMind de Google, ont incité de nombreuses disciplines à affirmer que l’IA générative mènerait à des avancées révolutionnaires. La plupart des scientifiques utilisent désormais la GenAI au quotidien dans leur travail, en particulier lorsque leurs recherches impliquent du codage. Dans le même temps, les scientifiques ont également mis en garde contre les problèmes liés à l’utilisation de la GenAI pour la science, notamment en termes de rigueur académique, d’honnêteté et de capacités critiques. Les chercheurs ont souligné les risques épistémiques associés à la GenAI et la manière dont ces technologies pourraient éroder la confiance dans la science. Les premières applications de la GenAI dans les sciences physiques et astrophysiques révèlent à la fois des promesses et des écueils. Par exemple, lors d’une expérience menée au Space Telescope Science Institute, des astronomes professionnels ont apprécié un bot de littérature alimenté par un LLM, mais ont également signalé des lacunes telles qu’une synthèse superficielle et une confiance mal placée.
L’adoption généralisée et les débats animés autour de l’utilisation de la GenAI en science appellent une réflexion systématique. Qu'attendent les scientifiques de la GenAI ? Quels sont leurs espoirs et leurs craintes ? Et quel est le coût d'opportunité de s'appuyer sur la GenAI plutôt que sur des collaborateurs humains pour la formation et la découverte scientifiques ? Ces questions sur les valeurs, les compromis et la confiance sont au cœur de l'étude de Christin sur la manière dont les astrophysiciens naviguent dans ce nouveau paysage collaboratif.
L'astrophysique offre une perspective unique sur les défis liés à l'utilisation des LLM et des agents IA en science. Ce domaine est gourmand en données, ouvert et hautement computationnel. Les progrès dépendent de vastes ensembles de données publiques (tels que l’observatoire Vera C. Rubin), de pipelines reproductibles et de références à une littérature abondante (le NASA ADS, qui couvre le corpus de la littérature en astrophysique, indexe plus de 15 millions de ressources). Ces caractéristiques font de l’astrophysique à la fois un pionnier dans l’adoption des outils d’IA et un « test de résistance » idéal pour une intégration responsable des LLM.
Angèle Christin mène actuellement un travail de terrain ethnographique intensif auprès d’astrophysiciens, de cosmologistes et d’astronomes au Kavli Institute for Particle Physics and Astrophysics de l’université de Stanford et au Stanford Linear Accelerator (SLAC), afin d’examiner comment l’IA transforme leurs pratiques scientifiques quotidiennes. À Paris, Christin prévoit d’ajouter une dimension comparative à ce projet en menant un travail de terrain dans un laboratoire d’astrophysique français.
Publications clés
Christin, A. 2020. Metrics at Work: Journalism and the Contested Meaning of Algorithms. Princeton University Press.
DOI : 10.2307/j.ctvthhdtc
Kellogg, K.C, M.A. Valentine, and A. Christin. 2020. “Algorithms at Work: The New Contested Terrain of Control.” Academy of Management Annals 14(1): 366-410.
DOI : 10.5465/annals.2018.0174
Christin, A. 2018. “Counting Clicks: Quantification and Variation in Web Journalism in the United States and France.” American Journal of Sociology 123(5): 1382-1415.
DOI : 10.1086/696137
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