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Conserver les gamètes et embryons hors du corps : quels enjeux sociaux et éthiques ?

04 fév 2020 18:00 - 20:00
Institut d'études avancées de Paris, Hôtel de Lauzun, 17 quai d'Anjou, 75004 Paris
information@paris-iea.fr
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Conférence de Simone Bateman-Novaes (CNRS, CERMES 3) dans le cadre du cycle "La bioéthique : aux frontières de la vie ?"

Discipline : Sociologie

Entrée libre sur inscription.

Présentation

A l’heure où la question de la procréation médicalement assistée est au cœur des débats politiques et parlementaires, il est utile de se repencher de façon critique sur des techniques médicales liées à la reproduction, leur évolution et leurs nouveaux usages, afin d’éclairer les choix contemporains.

Paolo Mantegazza (1831-1910), médecin et anthropologue du 19e siècle ayant étudié les effets du gel sur le sperme, imagina la création de banques de sperme pour que les soldats, en cas de décès, puissent permettre à leurs épouses de concevoir et faire naître des enfants de leur sperme. De telles banques n’ont trouvé les conditions techniques de leur création qu’à partir de la seconde moitié du 20e siècle, initialement pour un usage dans l’élevage bovin. Avec le perfectionnement des techniques de cryoconservation (procédé de refroidissement à très basse température, - 196C°), toutes les cellules reproductrices animales et humaines (sperme, ovocytes et embryons) peuvent désormais être conservées hors du corps pour un temps indéterminé.

Qu’est-ce qui a motivé et justifié la cryoconservation de cellules reproductrices humaines ? Dans un premier temps, elle servait principalement des objectifs médicaux et sanitaires liés aux pratiques de procréation assistée. Elle permettait de mieux maîtriser la succession des étapes biologiques nécessaires pour obtenir la conception d’un nouvel individu (recueil ou prélèvement des gamètes mâles et femelles, contact et fusion des gamètes, transfert de l’embryon dans l’utérus), et de préserver la santé des personnes y ayant recours. Or la cryoconservation intervient à chaque fois pour remettre à plus tard, soit le moment de la conception de l’embryon, soit son transfert à l’utérus.

C’est le fait de pouvoir désormais dissocier les étapes de l’acte reproductif et d’accumuler en parallèle des cellules reproductrices dans des lieux spécialisés, qui rend possible de nouveaux usages médicaux et scientifiques de ces cellules, mais aussi d’autres manières de penser ce qui est acceptable en matière de fertilité et de procréation.

Simone Bateman est sociologue, directrice émérite de recherche au CNRS, au Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société (CERMES3). Ses recherches portent depuis une trentaine d’années sur des pratiques médicales et scientifiques qui suscitent des controverses éthiques et un débat public concernant leur légitimité et leur régulation. Elle a également été membre du Comité Consultatif National d’Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé de 1992 à 1996.

Quelques références

S. [Bateman] Novaes. Les passeurs de gamètes. Nancy : Presses Universitaires de Nancy (coll. Éthiques et techniques), 1994.

S. Bateman Novaes et Tania Salem. “Embedding the Embryo” in J. Harris et S. Holm eds., The Future of Human Reproduction: Ethics, Choice and Regulation, Oxford University Press, 1998, pp. 101-126.

S. Bateman. “When Reproductive Freedom Encounters Medical Responsibility: Changing Conceptions of Reproductive Choice” in Current practices and controversies in assisted reproduction : Report of a WHO meeting, Effy Vayena, Patrick J. Rowe, P. David Griffin, eds.,Geneva, World Health Organisation, 2002, pp. 320-332.

S. Bateman. « Le corps comme outil thérapeutique », in Quelle médecine voulons-nous ? in Isabelle Baszanger, Martine Bungener, Anne Paillet, dirs., Paris, Editions La Dispute, 2002, pp. 175-188. (Collection Etats des lieux)

Événement complet
04 Fév 2020 20:00
Oui
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