Dongsi shitiao (Dance Still, réal. Qin Muqiu and Zhan Hanqi, 2023). Inactivité conjointe et pessimisme tranquille dans un film « mignon » (ke’ai)
Atelier organisé par Lisa Richaud, chercheuse en résidence 2025-2026 à l'Institut d'études avancées de Paris, docteure en anthropologie à l'Université libre de Bruxelles et par Xu Minghong, doctorant à l'Université Sorbonne Nouvelle, qui se tiendra au campus Sorbonne Nouvelle.
Présentation
Sans emploi, un artiste et un ancien employé de l’industrie créative errent et stationnent dans les ruelles et les espaces verts de Pékin. Si une quête absurde semble momentanément formulée (la recherche, contre récompense, d’un pigeon voyageur disparu), le film se structure autour de tableaux saisonniers dans lesquels l’intention disparaît derrière l’inactivité et l’errance. Mais inactivité ne signifie pas absence d’action : Dongsi et Shitiao accomplissent ensemble des gestes mineurs, en ponctuant le silence d’échanges qu’une compréhension réciproque manifestement difficile vient souvent avorter.
Sans surprise, les réalisateurs comme les critiques ont proposé une lecture du film en termes de condition partagée – celle d’une jeunesse désorientée, soumise au désœuvrement et à l’incertitude du futur. Pour autant, la mise en scène centrée autour des rencontres entre les deux protagonistes semble éviter l’articulation explicite d’une identité collective, préférant un mode de socialité qui se fonde davantage sur l’expérience sensible d’un temps partagé, et ruse avec l’idée de «l’identique » - ici, un « même pantalon » plus qu’une même identificationdevient la condition de possibilité du (ne pas) faire ensemble.
L’analyse s’attachera à la mise en scène de l’inactivité conjointe, constitutive de ce mode de socialité non thématisée, où les personnages semblent maintenus dans un état d’attention minimale pour ce qui les entoure plutôt qu’un désengagement total. Ensemble, Dongsi et Shitiao cultivent la possibilité d’un pessimisme tranquille dont nous questionnerons le potentiel, notamment à l’aune des usages récurrents du « mignon » (ke’ai) comme catégorie esthétique (Ngai 2012) dans les jugements des internautes chinois à l’égard de l’œuvre.
Discutant : Emmanuel Siety (Sorbonne-Nouvelle – IRCAV)
Avec la participation d’Anne Kerlan (EHESS CECMC) et Evgenia Giannouri
(Sorbonne-Nouvelle – IRCAV) .
La séance s’inscrit dans un cycle d'ateliers mensuels consacré à l’esthétique du détachement dans le cinéma de la Chine continentale, organisé par XU Minghong (Sorbonne-Nouvelle - IRCAV) et Lisa RICHAUD (Institut d’Etudes Avancées de Paris).
Description du cycle d'ateliers
A travers des films récents de la Chine continentale, ce cycle d'ateliers explore la façon dont les cinéastes ont pu rendre sensible une tendance à l’œuvre dans la société chinoise actuelle : celle de la distanciation individuelle et collective vis-à-vis des injonctions normatives à sacrifier le présent au nom d’une réussite sociale future. Produites entre 2017 et 2023, les œuvres choisies pour chacune des quatre séances viennent ainsi nourrir une interrogation socio-anthropologique plus large sur le refus de mode de vie conventionnels centrés sur le travail ou la « réussite » (scolaire, économique...), en particulier lorsque celui-ci émerge en contexte autoritaire, parmi la jeunesse et au-delà. Comment le cinéma participe-t-il d’une réimagination de ce que veut dire être, devenir, ou être-avec, lorsque présent et futur ne sont plus seulement pensés au prisme des cadres normatifs ?
Multiples dans leurs formes et tonalités, les films présentés ici nous semblent producteurs, à leur manière, de ce que nous appelons « esthétique du détachement», légitimant des états corporels et affectifs qui suspendent l’intentionnalité et la «capacité à aspirer » requises par les modes de production capitalistes ou par les projets de l’Etat Parti pour une « réjuvénation de la nation ». Nous chercherons à conceptualiser les modes d’agencéité par lesquels les sujets infléchissent ou refusent, même temporairement et sans grande vigueur, les forces auxquelsiels sont soumis.es. A travers un dialogue transdisciplinaire où la réflexion anthropologique s’allie à l’analyse de films, nous tâcherons de définir ce que la spécificité du cinéma comme medium fait à nos théorisations en sciences humaines et sociales.
Description détaillée et programme disponible au lien suivant :
https://cecmc.hypotheses.org/76125
Partenaires
EHESS – Centre d’Etude de la Chine Moderne et Contemporaine
Modalités de participation
Ouvert au public, inscription dans la limite des places disponibles.
Pour participer, veuilez contacter l'adresse suivante : minghong.xu@sorbonne-nouvelle.fr
Evénement en français.
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Pratiques quotidiennes de détachement dans la Chine contemporaine : Cultiver un « faible désir » et refuser le travail à l'ère du « rêve chinois » 01 septembre 2025 - 30 juin 2026 |
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