Pierre-Michel Menger, parrain de la promotion 2025-2026 de l'IEA de Paris
Sociologue et professeur émérite au Collège de France, directeur de recherches au CRNS, directeur d'études à l'EHESS, membre de l’Academia Europaea depuis 2010 et de l’Académie des Sciences Morales et Politiques depuis 2023. Ses recherches actuelles portent sur l'éducation, les carrières dans la recherche et l'enseignement supérieur, la méritocratie et ses controverses et le processus créateur dans les arts.

Pierre-Michel Menger est le parrain de la promotion 2025-2026 de nos chercheurs en résidence.
La promotion 2025-2026 réunira près de soixante chercheurs au cours de l’année, sélectionné parmi des centaines de dossiers par l'excellence de leur travaux. Dix-huit d’entre eux ont déjà rejoint l’Institut en septembre.

Lors de la soirée de rentrée et en présence de Marie-Christine Lemardeley, adjointe à la Maire de Paris en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche et de la vie étudiante, ainsi que les partenaires académiques et institutionnels de l’IEA.
Revoir la conférence de Pierre-Michel Menger
Discours de Marie-Christine Lemardeley

Je salue Bettina Laville, qui, outre le fait qu'elle est présidente
de cet institut, a été ma camarade de Khâgne, il y a très, longtemps.
Monsieur le directeur, cher Saadi Lahlou, chers fellows, chères nouvelles promotions, mesdames, messieurs, en vous donnant les grades et qualités, je ne citerai personne parce que sinon, je vais oublier quelqu'un et ce sera toujours assez humiliant. C'est un très grand plaisir de vous retrouver ce soir pour célébrer cette nouvelle promotion et je voudrais d'abord vous féliciter d'avoir été sélectionnée parce que vous n'êtes pas choisi au hasard. Vous êtes choisi pour la qualité et l'excellence de votre recherche et par un jury tout à fait indépendant.
La politique n'a rien à voir dans le choix scientifique de vos dossiers. Dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, vous aurez la chance de fréquenter ce lieu unique, l'hôtel de Lausanne, construit au XVIIe siècle, au temps du roi Soleil, mais c'est surtout au XIXe siècle que l'hôtel de Lausanne s'est orienté vers les humanités puisqu'il a accueilli des hommes de lettres qui louaient des espaces pour se rencontrer. Alors, je vais vous citer un illustre inconnu, Roger de Beauvoir.
Est-ce que vous connaissez Roger de Beauvoir ? Moi, non. Je n'ai jamais entendu parler, mais comme disait Mingui, il n'y a rien de pire qu'un best-seller qui ne se vend pas. Donc, il a dû être très célèbre à son époque.
Théophile Gautier et encore Charles Baudelaire, dont une plaque célèbre la présence en ces lieux. En arrivant sur la gauche, vous verrez. En 1906, l'hôtel de Lausanne est inscrit au Monument classé et la ville de Paris en fait l'acquisition quelques années plus tard pour y proposer de nombreuses manifestations culturelles.
C'est seulement en 2013 que l'IEA, l'Institut d'études avancées de Paris, s'y est installé pour faire vivre les sciences humaines et sociales et tisser des liens entre la recherche qui se fait à Paris et à l'international. En quelques mots, voici l'histoire de ce lieu qui va vous abriter et qui va vous permettre d'écrire une nouvelle page grâce à votre présence. Ce qu'on vous offre ici, principalement, c'est du temps.
Du temps, du temps libre, du temps pour la recherche. Et moi-même, je suis universitaire, émérite, mais quand même, on est toujours universitaire. Je suis professeur de littérature américaine et je sais combien il est difficile de ne pas laisser le temps se faire grignoter par l'obtention de financements, des démarches administratives ou d'autres difficultés qui font de la recherche un secteur toujours heurté, difficile, alors qu'on sait que ce qu'on a de plus précieux, c'est le temps pour la recherche.
Je voudrais avoir un mot pour les chercheuses et chercheurs qui subissent de plein fouet les attaques envers la science, notamment, mais pas seulement, bien sûr, aux États-Unis, avec le président qui conduit à présent, depuis quelques mois, une lutte assez inquiétante, je dois dire, et dire que la France, Paris en particulier, la France et Paris sont des refuges puisque même l'université d'Aix-Marseille a accueilli beaucoup, a fait la démarche, la première d'accueillir des chercheurs américains, accueillera toujours la recherche scientifique pour éviter que certains sujets ne soient bannis, ne soient censurés, pour que des données qui sont essentielles au monde entier ne soient pas captées par un pouvoir assez inique. Certaines données qui nous sont indispensables, notamment pour lutter contre l'urgence climatique. À l'heure de la montée de l'obscurantisme, je veux vous dire que la ville de Paris lutte et luttera pour protéger la recherche en sciences humaines et sociales, pour épauler et soutenir les chercheurs, pour diffuser la science, la culture scientifique et pour faire naître des vocations chez le plus petit, pour continuer d'accueillir sur notre territoire des lieux de science, d'enseignement et de recherche.
Ça dit l'allot, il y a fait allusion des engagements inscrits au cœur de la stratégie Paris Recherche, une politique que j'ai mise en place tout au long de ces 12 ans de mandat, parce que j'en suis à la fin de mon deuxième mandat d'adjointe. Cette stratégie Paris Recherche permet à la fois de valoriser, de mettre en valeur l'écosystème parisien, qui est vraiment un Paris intramural, qui concentre de très nombreux laboratoires de très haute qualité, de créer des interactions entre l'action publique et la recherche et de renforcer le lien science ville société. Cette stratégie concentre des dispositifs divers.
Je vais éviter la liste à l'après-verre, mais simplement, j'en cite quelques-uns. L'accueil des chercheurs au sein des directions de la ville, c'est-à-dire que nous avons chaque année 30 chercheurs, Et aussi, nous mettons en oeuvre des projets de recherche plus courts, parce qu'une thèse, forcément, ça prend au moins trois ans, plus courts, qui bénéficient à la fois de l'accès à nos données, les données de la ville de Paris, l'accès à nos politiques publiques, mais qui en permettent aussi l'évaluation. L'offre, par exemple, de l'évaluation d'un projet de bourse de recherche en études de genre ou sur des sujets liés à l'antisémitisme et la xénophobie, le soutien aux organismes de diffusion de cultures scientifiques et, bien sûr, l'Institut d'études avancées de Paris font partie de tout ce dispositif qui vise à mettre en valeur la science à Paris.
Évidemment, quand je dis science, puisque moi, je suis littéraire, j'inclue les sciences humaines. Je ne dis pas forcément la science dure, comme on dit. Par votre présence aujourd'hui, vous faites vivre la stratégie Paris Recherche.
Vous participez à nourrir la recherche scientifique parisienne et mondiale sur des sujets aussi divers que la ségrégation spatiale, l'intelligence artificielle, la transition écologique, la santé, les guerres, l'histoire et même l'humour. J'ai vu qu'il y avait quelqu'un qui travaillait sur l'humour. Par ailleurs, je voudrais aussi très rapidement évoquer la chaire Ville de Paris de l'Institut d'études avancées, qui attribue cette année à Amelia Thorpe, qui est professeure à l'Université de New South Wales en Australie, que je salue ici présente.
Vous pourrez lui parler tout à l'heure. Elle organise un café recherche le 2 octobre pour présenter ses travaux et nous essayons au maximum de mettre en valeur les travaux que vous venez approfondir ici pour que non seulement les Parisiens en profitent, si j'ose dire, mais aussi en bénéficient, je devrais dire plutôt, mais aussi que les personnes qui travaillent au sein de la ville de Paris comprennent ce qui se passe au sein de la recherche. Je trouve que c'est souvent ça la difficulté, c'est qu'il y a une sorte de hiatus entre les gens qui travaillent à la mise en place de politiques publiques et la recherche fondamentale.
Même s'ils sont convaincus abstraitement que la recherche est très importante, ils ne sont pas toujours au cœur de ce que vous faites. Je voudrais saluer aussi la diversité des nationalités que vous représentez, polonaises, belges, chinoises, allemandes, italiennes, britanniques, suédoises, canadiennes, australiennes, nigériennes, colombiennes, américaines, autrichiennes, chinoises, israéliennes. Vraiment une très, très belle diversité et je salue Saadie Lahlou et Bettina Laville qui ont orchestré ce choix.
En tant qu'adjointe à la maire de Paris, je vous invite à découvrir notre ville. Évidemment, c'est trop tard pour se baigner dans la Seine. Il fait trop froid de toute façon, mais vous pouvez bien sûr profiter de la culture, des musées, des concerts, des tas d'opportunités qui sont les vôtres et aussi de découvrir un paysage parisien qui a sans doute changé.
Si vous êtes déjà venu à Paris, vous vous rendrez compte tout seul qu'il y a beaucoup plus d'endroits verts qui procurent en été. Ce n'est pas le moment de parler de ça parce qu'on est tous gelés en ce moment, mais qui procurent, partant de canicules, des lieux rafraîchissants et aussi des rues aux écoles qui permettent aux enfants de courir et de jouer dans la rue, ce que nous, nous pouvions faire. Moi, j'ai grandi à Paris.
On pouvait jouer dans la rue à Paris et ça fait longtemps qu'on ne peut plus jouer dans la rue. Mais là, avec les rues aux écoles, on peut le faire de nouveau. On peut lâcher la main des enfants.
C'est ça le but. C'est ce que dit toujours Anne Hidalgo. Elle dit, je voudrais une ville où on puisse lâcher la main de son enfant sans avoir peur qu'il soit en danger.
Merci à nouveau de votre présence, du travail que vous allez accomplir ces prochains mois. Et je vous renouvelle mes félicitations pour ce séjour de recherche qui, j'en suis sûre, sera fructueux. Merci.
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