Accueil / Publications / Sara Galletti

L'adieu au voyage

FacebookTwitter

Vincent Debaene, L'adieu au voyage, Gallimard, Paris, 2010.

C'est une tradition française : lorsqu'il revient de son « terrain », l'ethnologue écrit non pas un, mais deux livres, l'un scientifique, l'autre littéraire. L'Île de Pâques d'Alfred Métraux, L'Afrique fantôme de Michel Leiris, Les Flambeurs d'hommes de Marcel Griaule, Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss s'ajoutent à leurs travaux sur les Pascuans de Rapa Nui, les Dogons du Mali, les Amhara d'Éthiopie ou les Nambikwara du Brésil - et ce schéma se retrouve chez la plupart de leurs collègues.
Vincent Debaene s'interroge sur les raisons de ce double livre et retrace les rapports entre anthropologie et littérature au XXe siècle, depuis Marcel Mauss jusqu'à la collection « Terre humaine ». Ce faisant, il dévoile la fascination réciproque des ethnologues pour la littérature et des écrivains pour les sciences de l'homme. Les premiers se veulent savants mais se réclament de Rousseau et de Montaigne ; les seconds se méfient d'une discipline austère mais sont troublés par les objets qu'elle rapporte et les questions qu'elle pose.
« Adieu sauvages ! adieu voyages ! » s'exclame Lévi-Strauss à la fin de Tristes tropiques, déplorant l'appauvrissement de la diversité culturelle. Mais ce qui est perdu, ce n'est pas tant l'altérité pure et préservée qu'une certaine forme de subjectivité et une façon particulière de raconter l'histoire. Pour l'ethnologue, l'adieu au voyage constitue donc moins un renoncement qu'un point de départ : l'oeuvre proprement anthropologique de Lévi-Strauss suivra Tristes tropiques. Pour l'écrivain, il constitue un défi à relever : en signifiant la fin d'un rapport prédateur de l'Occident à ses « autres », il impose que soient repensés notre héritage humaniste et notre idée de la littérature.

Les deux livres de l’ethnographe. Anthropologie et littérature en France au XXe siècle
01 octobre 2009 - 31 mars 2010
31 mars 2010
263
Vincent Debaene
588
2010
Vincent Debaene