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Emmanuelle Saada

Professeur associé
Université Columbia
L’État de droit colonial : le Code de l’indigénat dans l’empire colonial français (XIXème et XXème siècles)
01 mai 2012 -
31 juillet 2012
Histoire
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Emmanuelle Saada est professeure associée à l’université de Columbia (New York),  où elle dirige le Centre d’études françaises e francophones. A l’intersection de la sociologie, de l’histoire et du droit, les recherches d’Emmanuelle Saada portent principalement sur l’étude de la formation des identités sociales et des catégories qui y sont associées dans le second empire colonial français (XIXe et XXe siècles). Son premier ouvrage (Les enfants de la colonie. Les métis de l’empire français entre sujétion et citoyenneté, La Découverte, 2007 ; traduction anglaise Empire’s Children: Race, Filiation and Citizenship in the French colonies, University of Chicago Press, 2012) montrait comment l’émergence d’une population de métis dans l’empire français entre les années 1890 et 1930 avait conduit à une reformulation de la filiation, de la citoyenneté et de leur articulation. Elle tente depuis de répondre à certaines des questions soulevées au cours de ce premier travail et restées alors sans réponse, notamment celle des continuités et discontinuités dans les espaces impériaux et celle de l’articulation de la violence et du droit dans le colonialisme français.

Ce projet est une histoire du Code de l’indigénat, de sa production, de son application et de ses multiples effets dans l’empire français des dix-neuvième et vingtième siècles. Le Code de l’indigénat était un code pénal, applicable aux seuls « sujets », c’est-à-dire à la quasi-totalité des populations « indigènes ». Il fut institué d’abord en Algérie, en vertu d’une loi de 1881, puis exporté vers le reste de l’empire. Le Code rompait avec plusieurs principes essentiels affirmés au moment de la Révolution, notamment ceux de l’égalité devant la loi, puisqu’il s’appliquait aux seuls indigènes, et de la séparation des pouvoirs, puisqu’il conférait des pouvoirs disciplinaires à des administrateurs. Ses partisans le concevaient comme le seul moyen d’imposer l’ordre colonial, quand ses détracteurs le dénonçaient comme un « monstre juridique ». A travers cet exemple, mon travail analysera les relations entre droit et violence dans l’empire français et montrera comment les débats sur le Code de l’indigénat ont enrichi les notions juridiques d’« exception » et d’« incapacité ». Situé à l’intersection de l’histoire coloniale et de l’histoire du droit, il combinera une approche d’histoire intellectuelle et politique avec une analyse des pratiques légales et administratives. Il montrera comment le système juridique post-révolutionnaire, fondé sur l’universalité du sujet, en est venu, en situation coloniale, à définir en son sein un espace « hors-la-loi », caractérisé comme temporaire et exceptionnel.

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2011-2012
Époque contemporaine (1789-...)
Monde ou sans région
es2593@columbia.edu