Michele Gelfand
Michele Gelfand est titulaire de la chaire John H. Scully de gestion interculturelle et professeure de comportement organisationnel à la Stanford Graduate School of Business, ainsi que professeure honoraire de psychologie. Elle était auparavant professeure émérite de psychologie à l'université du Maryland, à College Park. Elle utilise des méthodes de terrain, expérimentales, computationnelles et issues des neurosciences pour comprendre l'évolution de la culture et ses conséquences à plusieurs niveaux. Ses travaux ont été publiés dans des revues telles que Science, les Proceedings of the National Academy of Sciences, Psychological Science, Nature Human Behavior, le Journal of Personality and Social Psychology, le Journal of Applied Psychology et l'Academy of Management Journal, entre autres.
Michele Gelfand est co-rédactrice en chef fondatrice de la série Advances in Culture and Psychology (Oxford University Press). Son livre Rule Makers, Rule Breakers: How Tight and Loose Cultures Wire the World a été publié par Scribner en 2018. Elle est ancienne présidente de l'Association internationale pour la gestion des conflits et cofondatrice de la Society for the Study of Cultural Evolution.
Elle a reçu le prix Diener 2016 de la SPSP, le prix du « psychologue international exceptionnel » 2017 de l'American Psychological Association, le prix d'excellence en psychologie culturelle 2019 de la Society for Personality and Social Psychology, le prix Rubin « Theory-to-Practice » 2020 de l'International Association of Conflict Management, le prix « Contributions to Society » 2021 de la division Comportement organisationnel de l'Academy of Management, le prix 2022 des contributions scientifiques exceptionnelles de la SIOP, le prix 2024 du mentorat exceptionnel de l'IACM et le prix de recherche Annaliese de la Fondation Humboldt. Elle est membre de l'Académie américaine des arts et des sciences, de l'Académie nationale des sciences et du Conseil des relations étrangères.
En novembre 2026, Michele Gelfand rejoint l'IEA de Paris pour une résidence de d'écriture d'un mois.
Sujets de recherche
Psychologie ; Comportement organisationnel.
Liberté et ordre : la science de l'épanouissement humain
Depuis des siècles, l'un des débats les plus fondamentaux de l'humanité demeure obstinément irrésolu : les sociétés doivent-elles privilégier la liberté ou l'ordre ? De Platon à Mill, de Hobbes à Freud, les philosophes ont défendu avec passion les deux camps. Pourtant, malgré toutes ces théories, étonnamment peu de données empiriques sont venues éclairer cette question. La réponse, en réalité, est : les deux.
S'appuyant sur des études de terrain, des expériences en laboratoire, les neurosciences et la modélisation informatique, elle présente un nouveau cadre d'analyse pour comprendre comment les groupes humains prospèrent : un équilibre entre normes sociales strictes (ordre) et souples (liberté). Les groupes excessivement rigides – régis par des règles rigides, une surveillance constante et des sanctions sévères pour toute déviation – souffrent du poids des contraintes. La créativité individuelle s'étiole, l'autonomie est anéantie et l'autocontrôle devient épuisant. Mais les groupes excessivement souples – avec trop peu de règles, trop peu de responsabilité et trop de latitude – sombrent dans la désorganisation sociale, l'imprévisibilité et le chaos. L'épanouissement humain, selon les données, réside dans l'équilibre entre ces deux extrêmes.
Cette relation curviligne se vérifie avec une remarquable constance à tous les niveaux d'analyse. Au niveau national, les pays situés aux deux extrêmes du spectre de la rigidité et de la laxisme affichent des résultats moins bons pour un nombre impressionnant d'indicateurs : taux de bonheur et de dépression, maladies cardiovasculaires, espérance de vie, PIB par habitant et instabilité politique. Ce schéma se répète au sein des organisations : les entreprises trop rigides (United Airlines) ou trop anarchiques (Uber, Tesla) dysfonctionnent de manière prévisible, tandis que l'innovation elle-même requiert un équilibre entre souplesse pour générer des idées et rigueur pour les mettre en œuvre. La même logique régit l'éducation parentale – le contrôle excessif et la négligence excessive produisent tous deux des résultats inadaptés – et même la prise de décision individuelle en matière de finances, de comportement du consommateur et de relations. Fait remarquable, ce principe s'étend aux neurosciences, où des troubles comme l'épilepsie reflètent une synchronisation neuronale excessive, tandis que l'autisme et la schizophrénie reflètent un laxisme pathologique.
La force explicative de cette théorie devient particulièrement frappante lorsqu'on l'applique aux bouleversements politiques contemporains. Le désir de dirigeants autocratiques – de Poutine à Duterte en passant par Trump – n'est pas, selon elle, simplement le fruit du nationalisme ou de l'anxiété économique. Il s'agit d'une réaction prévisible à un sentiment d'absence de normes et de désordre social. Lorsque les sociétés sont trop laxistes, les citoyens aspirent à un contrôle accru. Ce phénomène, qu'elle nomme récidive autocratique, s'est manifesté de façon éclatante après le Printemps arabe, lorsque le renversement des régimes autoritaires a engendré non pas la démocratie libérale, mais le chaos – et ensuite un regain d'appétit pour les hommes forts. La montée en puissance de Daech suit une logique similaire.
Comprendre cette dynamique n'est pas seulement utile sur le plan académique – c'est une nécessité urgente. Alors que les migrations, l'intelligence artificielle et les inégalités accentuent le sentiment de désordre à l'échelle mondiale, les conditions propices à l'extrémisme et à la nostalgie de l'autoritarisme se multiplient. La solution ne réside ni dans plus de liberté ni dans plus de contrôle, mais dans ce qu'elle appelle l'ambidextrie du juste milieu : un ajustement délibéré et fondé sur des preuves des normes sociales en vue du bien-être collectif.
Publications clés
Gelfand, M. J., Raver, J. L., Nishii, L., Leslie, L. M., Lun, J., Lim, B. C., ... & Aycan, Z. (2011). Differences between tight and loose cultures: A 33-nation study. Science, 332(6033), 1100-1104
DOI : 10.1126/science.1197754
Gelfand, M. J. (2018). Rule makers, rule breakers: How tight and loose cultures wire our world. New York: Scribner.
DOI : 10.1177/1470595819835331
Gelfand, M. J., Jackson, J. C., Pan, X., Nau, D., Pieper, D., Denison, E., Dagher, M., Van Lange, P. A. M., Chiu C.-Y., & Wang, M. (2021). The relationship between cultural tightness–looseness and COVID-19 cases and deaths: A global analysis. The Lancet Planetary Health, 5(3), e135e144.
DOI : 10.1016/S2542-5196(20)30301-6
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