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Sabina Faiz Rashid

Université Brac, Bangladesh (Résidence d'écriture)
Qu’est-ce qui constitue une preuve en santé publique ? Qui et quels savoirs sont laissés de côté ?
01 avril 2027 - 30 avril 2027
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Sabina Faiz Rashid est professeure et titulaire de la chaire Mushtaque Chowdhury sur la santé et la pauvreté à la BRAC James P. Grant School of Public Health de l’Université BRAC, au Bangladesh, depuis novembre 2023. Elle a été doyenne de cette école de 2013 à 2023 et l’a rejointe en 2004.

Forte de plus de vingt années d’expérience dans l’enseignement et la recherche, Sabina Faiz Rashid est anthropologue médicale critique. Ses recherches ethnographiques portent notamment sur l’intersectionnalité, le genre, la précarité et les inégalités de santé qui touchent les populations défavorisées et marginalisées.

Elle a publié plus de 100 articles évalués par les pairs et chapitres d’ouvrages, avec plus de 6 499 citations et un indice h de 37. Elle est l’auteure de Discoursing Birthing Care (University Press Limited, Bangladesh, 2004) et de Poverty, Gender and Health in the Slums of Bangladesh: Children of Crows (Routledge, Royaume-Uni). Elle est également coéditrice du Handbook on Sex, Gender and Health (Springer, Singapour, 2025) et coautrice de Theories of Global Health (Oxford University Press, Royaume-Uni, 2026), un manuel destiné aux étudiants.

Elle siège au sein de plusieurs conseils consultatifs et comités nationaux et internationaux, où elle met son expertise au service de la recherche, de l’enseignement et de l’élaboration des politiques dans les domaines de la santé mondiale, du genre, de la pauvreté et de l’équité en santé.

Sabina Faiz Rashid rejoint l'IEA de Paris en avril 2027 pour une résidence d'écriture d'un mois. 

Sujets de recherche 

Précarité, santé, genre et urbanisationopulations défavorisées ; éthnographies ; droits humains ; interroger l’héritage colonial de la santé publique ; apprendre des communautés.

Qu’est-ce qui constitue une preuve en santé publique ? Qui et quels savoirs sont laissés de côté ?

S’appuyant sur une recherche ethnographique longitudinale menée de 2020 à septembre 2025 auprès de jeunes familles pauvres et vulnérables et d’adolescents vivant dans les quartiers d’habitat informel de Dhaka, au Bangladesh, ce projet de recherche examine de manière critique les liens étroits entre pauvreté, santé et genre, remettant ainsi en question les cadres d’analyse et les présupposés dominants issus des perspectives du Nord global.

Dhaka, capitale du Bangladesh, compte le plus grand nombre de quartiers d’habitat informel du pays, avec une population estimée à 4 millions de personnes. La ville devrait devenir une mégapole d’ici 2040, sous l’effet d’une urbanisation rapide et de l’afflux de migrants ruraux à la recherche d’un emploi dans les villes. À l’échelle mondiale, on estime que plus de la moitié de la population vit aujourd’hui dans des établissements urbains informels, une proportion qui pourrait atteindre 70 % d’ici 2050. Ces populations vivent dans des environnements surpeuplés, souvent marqués par la pauvreté et une grande vulnérabilité, avec un accès limité aux services essentiels et des indicateurs de santé plus défavorables que ceux de la population générale.

Le projet met en évidence les failles des cadres actuels en santé publique, en matière de genre et de développement. Ces cadres tendent souvent à réduire la santé à l’absence ou à la présence de maladies, en isolant les individus de leur environnement ; à définir la pauvreté à partir d’indicateurs économiques fixes ; et à concevoir le genre principalement à travers la catégorie des femmes.

Ses études de cas portant sur de jeunes femmes et de jeunes hommes pauvres ainsi que sur leurs familles dans les quartiers d’habitat informel de Dhaka montrent comment des forces structurelles et systémiques engendrent un cycle d’insécurité et de précarité. Celui-ci se manifeste notamment par l’instabilité conjugale, les violences, l’irrégularité de l’emploi, les arrestations, les menaces et la dégradation de l’état de santé. Ces vulnérabilités sont aggravées par l’exclusion sociale, économique et politique. Cette réalité concerne de nombreuses personnes vivant dans des quartiers d’habitat informel dans les pays à revenu intermédiaire inférieur.

Les données issues de la vie quotidienne de personnes confrontées à une marginalisation chronique dans les quartiers informels de Dhaka révèlent les limites des modèles biomédicaux de la santé dans des contextes de pauvreté profonde. Comment les inégalités et les injustices sociales engendrent-elles un cycle de précarité qui ne peut être expliqué par de simples indicateurs économiques tels que le PIB ? Il est nécessaire d’aller au-delà des catégories binaires du genre issues des perspectives du Nord, qui se concentrent principalement sur les femmes.

Les multiples facteurs de stress sont incorporés et vécus dans les corps : les jeunes femmes et les jeunes hommes absorbent physiquement la volatilité et l’incertitude de leurs vies, ainsi que les contraintes de leurs environnements sociaux et matériels, ce qui peut se traduire par des problèmes physiques et des maladies. Dans ces contextes, la santé est profondément compromise.

Si de nombreuses familles connaissent des situations difficiles, leurs expériences restent néanmoins diverses. À partir d’une approche intersectionnelle, le projet examine comment différentes formes de violence -  « structurelle », « quotidienne » et « lente » - produisent des vulnérabilités qui se superposent et s’accumulent chez les jeunes et leurs familles. Ces expériences varient selon le genre, l’âge, le handicap, la situation économique, les réseaux sociaux et d’autres facteurs propres à chaque personne.

Ces perspectives nuancées, ancrées dans les réalités ethnographiques et les expériences vécues, restent souvent invisibilisées par les modèles biomédicaux dominants, la recherche en santé mondiale et les débats politiques conventionnels.

Le projet entend contribuer à l’avancement de la théorie et des pratiques en matière de santé urbaine à partir d’une perspective du Sud global. En connaissance, l’articulation de données ethnographiques ancrées dans les réalités locales avec les théories de la violence et de l’intersectionnalité est encore peu mobilisée dans le champ de la santé publique dans les contextes du Sud global.

Bien que cette étude s’appuie sur des données ethnographiques recueillies au Bangladesh, ses enseignements peuvent contribuer à nourrir une action collective visant à réduire les inégalités et à améliorer les conditions de vie, la santé et le bien-être des populations vivant dans les quartiers d’habitat informel, au-delà du seul contexte bangladais.

Publications clés

Rashid, S. F. (2024). Poverty, gender and health in the slums of Bangladesh: Children of crows. Routledge. Doi : https://doi.org/10.4324/9781032740614

Ravindran, T. K. S., Sivakami, M., Bhushan, A., Rashid, S. F., & Khan, K. S. (Eds.). (2024). Handbook on sex, gender and health: Perspectives from South Asia. Springer. 
Doi : https://doi.org/10.1007/978-981-97-2098-9

Luby, S., & Rashid, S. F. (2026). Theories of change in global health. Oxford University Press.

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2026-2027